lundi 24 mars 2008

L'Humain dans son environnement

— Acte 1 —
Mon nom, c’est Serge, aujourd’hui je passe et repasse sur le boulevard principal, le boulevard des Paradoxes avec mon tonitruant Harley-Davidson. Je suis bien en selle sur ma moto et j’aime le « son » qu’elle fait. Le son me permet d’être remarqué par les gens sur les terrasses et les trottoirs. J’ai tout le « kit » du parfait motard avec : mon casque bien ciré, mon jacket qui laisse voir mes tatous de crânes de la mort et de l’aigle de la liberté, sur mes gros bras. Aussi, j’ai des culottes de cuir avec des franches et des grosses bottes qui font du bruit quand je marche avec. J’ai beaucoup de prestige et j’impose le respect quand je roule sur le boulevard des Paradoxes. Les gens savent à qui ils ont affaire : j’ai une Harley-Davidson et j’ai une gueule de dur! Mon attitude suffisante, je l’ai appris dans les films de Clint Eastwood, avec une petite nuance de Rambo que j’affectionne plus particulièrement. Avec mon attitude, mon visage de glace, les gens s’imaginent que je suis un vrai caïd et c’est ben correct comme ça. J’ai des amis qui ont des amis, qui eux, ont des amis proches des vrais Hells Angels. Les Hells Angels, y l’ont l’affaire, des vrais gagnants! Je cultive les valeurs de ses hommes puissants : pour payer ma moto, je fais pousser du « pot » pour le revendre à des amis des amis… Je suis tellement respecté dans la ville que les policiers ne me dérangent jamais, malgré le super « son » de ma grosse Harley et ça, pour moi, c’est ça le pouvoir !

Je repasse sur le boulevard encore une fois et je recherche une petite chatte qui pourrait venir mouiller mon banc arrière. Les femmes, en général, se tortillent devant un homme qui a une moto comme la mienne. Aujourd’hui, il n’y a pas beaucoup de poudrés qui traînent en ville!? Il y a juste un jeune maigrichon qui me dévisage encore, depuis le début de la journée, avec sa petite face de « fendant» d’étudiant modèle de mes deux. S’il me dévisage encore quand je vais repasser… Il va manger de la soupe aux dents grâce à mes grosses bottes à semelles épaisses!

— Acte 2 —
Regarde-moi donc cet homme de Cro-Magnon qui repasse pour la vingtième fois sur le boulevard principal! Je m’appelle Xavier et j’aime bien me détendre en venant lire des bouquins de philosophie au soleil sur une terrasse. J’en profite pour regarder les passants. Aujourd’hui je me suis levé tôt pour profiter au maximum de cette journée remplie d’une promesse de chaleur et de sérénité. J’aime observer les gens tout en me demandant ce qu’ils peuvent bien penser et vivre derrière les yeux de tous et chacun, à travers leurs airs.

C’est pour cela que je suis ici présentement sous les doux rayons du soleil printaniers, savourant chaque instant de bonheur que la vie me donne. Le vent est doux et caresse ma peau qui, très sensible, est pénétrée incessamment… Une jouissance intemporelle ! Je peux être là, de tout mon être, me laisser bercer par le moment présent qui avance implacable, mais tellement doucement aujourd’hui.

Je suis bien, jusqu’au moment ou cette damnée grosse moto passe devant moi, à temps régulier, pour faire trembler les vitrines de boutiques et me tisane qui traîne-la, innocemment, sur la petite table frêle et blême. Quand je l’entends venir au loin, je perds mon attitude zen à chaque montée de gaz que cette brute effectue d’un simple coup de poignet! J’aime tellement ma ville entre les passages de cette monstrueuse machine. Ça fait vingt fois qu’il pénètre mon intimité et je me trouve stupide de rester ici. Mon regard désapprobateur ne semble pas lui faire comprendre qu’il est en train de saboter MA journée! Oh! Mais qui vient là?! Une blonde aux yeux bleus avec un air d’ange venu directement venu du paradis! Je lui dis bonjour avec mon plus beau sourire, celui du dimanche. Elle me regarde avec un léger sourire. Voici l’occasion d’aller prendre une marche, je vais la suivre… Je veux absolument la connaître!

— Acte 3 —
Je M’appelle Brenda. Je suis une jolie blonde aux yeux bleus, mesurant cinq pieds onze pouces, pesant environ 130 livres. On me dit de belles apparences et sexy. J’aime les soupers en tête-à-tête à la chandelle avec un homme doux et affectueux. Aussi, je suis fidèle, non-fumeuse et bien dans ma peau. Je désire rencontrer un homme fidèle qui ne fume pas, ne se drogue pas et qui n’a pas de problème d’alcool. Je voudrais apprendre lentement à connaître cet homme qui a de belles valeurs et une belle apparence.

Aujourd’hui je me promène sur le boulevard des Paradoxes pour me changer les idées, suite à ma récente rupture avec un homme qui me battait tout le temps et qui ne me respectait jamais. J’ai enduré cet enfer pendant deux ans, mais cette fois c’est terminé pour de bon! Il est temps que je passe à autre chose avant de détruire ma vie à cause d’un homme qui n’en vos pas la peine.

Tiens! Un joli jeune homme me regarde avec douceur sur cette terrasse. Il me dit bonjour!? Il a l’air gentil, en plus il boit une tisane… C’est un original celui-là. Peut-être est-ce lui mon prince charmant? Je vais marcher un peu et je vais faire demi-tour pour voir s’il ne me ferait pas son doux et joli sourire. Cet homme serait différent de mon ex-petit ami qui ne souriait jamais… Comment ais je fais pour l’endurer si longtemps? Oh mon Dieu ! Il me suit, quel culot! J’aurais du m’en douter : c’est un autre de ces psychopathes violents, possessifs et irrespectueux qui ne veulent qu’abuser de moi. Je dois marcher plus vite, il ne doit absolument pas m’approcher, il doit être dangereux et les hommes dangereux, je n’en veux vraiment plus dans ma vie, terminée! C’est un homme doux, respectueux et spirituel que je désire et rien d’autre!

— Acte 4 —
Serge sur sa monstrueuse bécane, emprunte le boulevard pour la vingt et unième fois et aperçoit le petit « twit» qui se sauve en marche rapide. Serge veut alors lui faire sa fête parce que les gens qui s’enfuient, ce sont des peureux et les peureux, on les tabasse ! Alors, Serge s’approche et stationne sa grosse machine, sur le bord du trottoir, et va servir une sévère correction au petit philosophe. Xavier, qui n’est pas violent pour deux sous, se fait rouer de coups sans se défendre devant des témoins ébahis et immobiles. Tous immobiles, sauf Brenda qui voit en Serge un sauveur, un chevalier solitaire et valeureux qui mérite tout son amour! Xavier ne bouge plus et gît dans son sang quand, le gros motard du dimanche, cesse d’appliquer ses énormes bottes et ses bagues non réglementaires sur la tête toute fendue de la victime. Brenda, toute excitée, accourt et saute dans les bras tatoués de son beau sauveur pour le couvrir de baiser, de remerciement et bla, bla, bla… Ils se promenèrent ensemble le reste de cette belle journée, tandis que Xavier alla dans l’ambulance pour aller être dans le coma à l’hôpital… Pour combien de temps? Voici cette petite histoire qui nous rappelle que la loi du plus fort existe encore, aujourd’hui, dans notre belle société.

Alexandre Verdun
2004

1 commentaires:

Anonyme a dit…

Le pauvre Xavier!!! Le seul qui semble ne pas avoir agi par peur....En effet, selon moi, la jolie dame avait peur de se retrouver avec un violent et le motard avait peur de perdre son statut de Mâle viril....Bien sur!!! sur le coup on se dit que c'est de l'injustice...une jungle quoi!!! mais qui dit qu'après que Xavier s'est remis de ses blessures...le gros motard et la petite blonde ne seront pas dans l'impasse de répéter les mêmes erreurs???? Continu à écrire la suite de cette fabuleuse histoire...j'ai bien l'intention de voir si les deux personnages ayant agis sous l'emprise de leurs peurs ne seront pas encore dans leur cercle pathétique.