jeudi 3 avril 2008

Rapprochement



Je reçois un coup de téléphone d'un ami ce soir, un ami de très longue date. Je suis content, nos conversations sont toujours très animées et philosophiques. Par contre, ce soir, je ne m'attends pas à ce que la philosophie tourne vers le terrain glissant de « ma façon négligée d'entretenir mes relations ». C'est un terrain glissant, c'est un trait de caractère qui me caractérise tellement et ce soir je me le fais remettre en pleine face, pas facile. Il est intervenant auprès d'une jeune clientèle à difficulté et il profite de son expertise pour me faire remarquer que je ne suis pas très impliqué dans ma façon d'interagir avec les gens qui m'entourent. Pour justifier son point, il me fait remarquer que je ne l'ai jamais appelé depuis que j'ai immigré dans la ville ou je suis, voilà déjà presque 5 ans. Toujours lui qui appelle, ce qui a comme résultat que nous nous parlons en moyenne 4 fois par année, c'est mon meilleur ami.


J'imagine que le mot « normalité » prend tout son sens dans une façon d'interagir un peu plus équilibrée, je ne l'ai pas. J'ai beau avoir toutes les raisons du monde pour justifier ma façon de traiter les gens que j'aime, mais ça ne donne rien, c'est tout simplement moi et mes relations que je brime. Je ne parlerai pas de la famille, je ne suis tout simplement pas là. L'ami me suggère alors une alternative qui a pour nom « thérapie »... Ouf! Moi, une thérapie?!?!? Mais si je m'arrête, si j'y pense juste un peu... s'il avait raison, ce n'est pas ce que je me dis depuis une semaine?..: je me sens tellement seul parfois, seul parmi la foule, j'en souffre c'est évident. J'ai beau me cacher derrière toutes les lectures, tous les écrits et tous les besoins d'être avec mes chats, je ne suis pas si bien que cela.
Heureusement, autour de moi qu'il y a des gens qui acceptent mon absence quasi permanente , la plupart des gens normalement constitués auraient démissionnés depuis bien longtemps, chose qui arrive fréquemment quand j'y pense bien. Mais j'ai la chance d'avoir des gens qui m'acceptent comme je suis et j'ai le devoir de faire l'action d'être reconnaissant, tout simplement en les appelant juste pour leurs dire bonjour et demander si tout va bien, non?


Il y a de ces coups de téléphones parfois qui remettent les pendules l'heure, avec un peu d'ouverture d'esprit, évidemment, et c'est bien parfait comme ça. Qui suis-je pour entretenir des relations à sens unique de la sorte, mal de mon temps ou lâcheté futile?


Quelle est l'importance? Je ne suis pas très épanouis de cette façon, alors pourquoi ne pas essayer d'affronter mes peurs et de renouer avec qui je suis vraiment : un être humain parmi les autres. Si la thérapie, finalement, se résumait à me faire réaliser que ce n'est pas toute dans la tête que la vie se passe, que j'ai un corps aussi... Un corps qui a le besoin d'être en contact avec d'autres corps. La critique n'est telle pas une façon de me geler, de me séparer de moi-même, de me projeter dans un fantasme incohérent?

4 commentaires:

joe a dit…

oufff....c'est touchant ce que tu écris Alexandre...Je sais, et je suis certaine que je ne suis pas la seule à comprendre que ce n'est pas par paresse ou par manque de coeur que tu te cache derrière ton voile. Il est vrai que ton inhibition fait de ta présence une rareté. Par contre, cette Présence est grandement appréciable car tu sais offrir des temps de grande qualité. Amitié...Joe

Jeune Homme a dit…

Well..

qui ne se sent pas seul parfois au milieu de la foule ? S'il en existe un, donne moi son numéro, je serai enchanté de l'appeler pour lui demander comment il arrive à si bien se mentir !

Alexandre V a dit…

Je suis très heureux de constater que ce billet ait été entendu par des gens... Il est personnel, il n'y a rien à redire, mais il est un message, pris au deuxième niveau, qui illustre une partie de l'individualisme...

La force complexe qui nous rend si individualistes provient, d'après moi, d'une volonté préméditée d'affaiblir l'unité qui pourrait nous rendre plus forts... Si le message te touche, trouve ta raison.

Pourquoi se disqualifier autant de l'identité qui nous anime? Pourquoi en tirer une solution facile de ne pas accepter l'autre dans toute sa complexité... À vrai dire, je crois que nous ne sommes pas si différents... Enfin, je délire un peu, mais je suis très content de voir que ce texte a été lu.

Anonyme a dit…

Parfois, je pense à ceci avec attention. Quand, dans des années d'ici, je passerai ma vie en revue, qu'est ce que je regretterai de ne pas avoir fait? Et quelque soit la réponse ne devrais-je pas être en train de m'y mettre maintenant???